Mon aventure andalouse
Comment ne pas parler de ce merveilleux voyage qui m’a tant apporté? J’ai eu la chance de voir ma candidature retenue pour l’un des stages professionnels à l’étranger que l’IUFM proposait et je suis donc partie pour 15 jours en janvier-février 2005, à l’assaut de l’Instituto Alto Guadiato à Peñarroya-Pueblonuevo, ancien village minier situé à une heure de route de Cordoue. Le but de ce stage était de découvrir comment travaillent nos collègues espagnols et d’échanger nos méthodes. Durant ces 15 jours, j’ai eu le privilège de m’occuper de classes toutes très différentes les unes des autres et de me rendre compte que nos conditions de travail ici en France sont idéales comparées à celles des professeurs espagnols, dont 25% sont des intérimaires.
I- Côté élèves :
Aucune discipline, mais alors aucune. Adorables mais ne sauront jamais parler anglais, car ils ou elles s’asseyent en groupe (les pupitres sont en réalité des petites tablettes rattachées aux chaises, et donc mobiles à souhait), quelquefois en rond, et conversent sur tout sauf le cours, en espagnol bien entendu et s’interpellent à voix haute, crient, rient, se déplacent, sans avoir nullement conscience de mal faire. Ne font aucun effort pour comprendre l’anglais, exigent une traduction systématique de ce que dit le professeur et contestent la moindre de ses décisions. A ce que m’a dit mon professeur référent sur place, Enrique Bonal, lui-même vacataire, nous n’avons vu que « l’élite ». Et je dois dire que je le crois, à entendre les cris d’animaux qui émanaient des salles avoisinantes où des cours dans les classes « difficiles » avaient lieu. J’ai moi-même vu deux élèves de ces classes dégonder une porte pour se la lancer dans les couloirs, y faisant un trou impressionnant. Voici une photo de la porte réparée :
Lorsque j’ai été invitée à participer au cours, j’ai fait parler les élèves avec des questions de base sur eux-mêmes (nom, âge, goûts etc…) et il y a eu un élève d’équivalent 4e pour me dire avec un sourire en coin ‘I like….WOMAN.’ D’une manière générale, ils se sont montrés très curieux quant à notre façon de travailler, à mon collègue Pascal (professeur de technologie) et à moi. Ils avaient des tas de questions à poser (avec une nette prédominance pour ‘are you married ?’) et de choses à dire. J’ai adoré travailler avec eux et si j’avais pu y retourner cette année, je l’aurais fait.
II- Côté profs :
Usé, ils ont l’air usé, tous autant qu’ils sont. A voir l’énergie qu’il faut déployer avec « l’élite », je me demande comment ils ne font pas de cauchemars la nuit sachant que leurs emplois du temps sont divisés entre ‘buenos’ et ‘problematicos’. J’ai découvert que là-bas, les élèves tutoient les profs et les appellent par leur prénom. Moi qui vouvoie mes élèves de lycée, ça me laisse perplexe. Je leur ai décrit ma façon de travailler en précisant que j’utilisais le ‘voseo’ (le vouvoiement donc) avec mes élèves, ce qui a donné lieu à un quiproquo amusant : ils ont compris que j’utilisais le boxeo (la boxe donc) et ont commencé à me regarder d’un autre œil (et pourtant l’épisode du 2 mai n’avait pas encore eu lieu). Parmi les détails qui m’ont frappée, je me rappelle avoir assisté à un cours lors duquel un devoir était corrigé. Je me demandais pourquoi Maria-Angeles ne notait rien au tableau et les élèves rien sur leurs copies. J’ai dû attendre la fin de l’heure pour le savoir : là-bas apparemment quand le devoir est corrigé, on le redonne au prof qui le stocke chez lui en attendant de le jeter à la fin de l’année. Pas étonnant donc qu’ils ne prennent pas de notes, puisqu’ils n’auront pas l’occasion de revenir à leur copie par la suite. Après avoir discuté avec Maria-Angeles et lui avoir montré un classeur-type dans lequel tous les devoirs sont censés être rangés et gardés, elle m’a dit avec le plus grand enthousiasme que c’était une excellente idée et qu’elle la mettrait en pratique l’année suivante. C’est là qu’on ressent à quel point les vacataires, intérimaires et autres maîtres auxiliaires sont démunis lorsqu’ils enseignent pour la première fois et apprennent sur le tas, sans personne pour les guider. J’ai moi-même été dans cette situation là et ai commis bien des erreurs, corrigées aujourd’hui grâce aux diverses formations dont j’ai bénéficié. Bien entendu, des erreurs, j’en fais encore, je m’en rends souvent compte sur l’instant d’ailleurs et me promets mentalement de réparer au cours suivant. Je me suis fait cette année une liste des choses à changer dans mes méthodes et dans ma mise en œuvre dès septembre prochain et je crois fermement que j’arriverai à être un bon professeur un jour. Enseigner, c’est se remettre en question à chaque instant, donner donner donner et être prêt moralement à ne pas toujours recevoir en échange...
Par serialteacher, Vendredi 2 Juin 2006 à 22:50 GMT+2 dans Expériences... (article, RSS)





