La littérature à petite, moyenne et haute dose
Cette publicité est en espagnol, certes. Elle m'a été donnée par ma collègue Gisèle, elle-même professeur d'espagnol émérite. J'ai choisi de l'insérer en illustration (la pub, pas Gisèle) de mon article parce que la détresse de ce petit singe qui ne sait pas lire et qui nous enjoint, à nous autres humains, de profiter de notre aptitude à le faire remet en quelque sorte les pendules à l'heure. La lecture, aujourd'hui méprisée, négligée, offre pourtant d'innombrables perspectives. La publicité en énumère quelques-unes: Amuse-toi. Multiplie tes idées. Découvre d'autres mondes. Améliore ta conversation et l'opinion que les autres ont de toi. Satisfais ta curiosité. Approche-toi des livres...
Aaaaaah la littérature... le bonheur de savoir lire... le plaisir de découvrir une nouvelle histoire sous chaque couverture cartonnée... Lorsque j'étais élève, j'ai passé de longs moments à feuilleter mes manuels d'anglais et à lire et relire chaque texte qui s'y trouvait en essayant d'imaginer ce qui se passait avant et après l'extrait qui nous était présenté. A ce moment-là, les commandes de livres sur internet n'étaient pas d'actualité et obtenir un livre en anglais d'une librairie locale s'il n'était-pas-commandé-en-36-exemplaires-dans-le-cadre-du-lycée frôlait le farfelu doublé de l’impossible. Pas étonnant donc que le professeur en devenir que je suis ait fait du texte long son cheval de bataille (j’ai même choisi de traiter ce sujet dans mon mémoire professionnel). Lorsque j’ai effectué mon stage, mon premier projet en arrivant à mon lycée d’affectation a été l’étude d’une œuvre complète avec ma classe de 1e ES. J’ai choisi Matilda de Roald Dahl, d’une part parce que j’admire énormément cet auteur et d’autre part (ô surprise) parce que j’étais tombée par hasard sur un extrait de ce livre qui avait fait l’objet d’un sujet de baccalauréat. Armée cette fois d’un pc, d’un modem et d’une carte bleue, ayant l’âge légal pour commander seule sur internet, bien décidée à ne pas rester une nouvelle fois sur ma faim, je m’étais fait livrer cette petite merveille de conte pour enfants et l’avais tellement appréciée que je m’étais promis de m’en servir en cours. C’est chose faite, au rythme d’environ une heure par semaine entre novembre 2004 et mai 2005 et j’ai la prétention de croire que je ne suis pas la seule à avoir aimé travailler dessus en cours. En effet, même si c’était moi l’instigatrice de cette lecture suivie, c’est eux qui ont choisi d’adhérer à ma proposition après m’avoir écouté lire le premier chapitre à voix haute. J’ai découvert tout un tas de choses que je ne soupçonnais pas sur les élèves de cette classe de bon niveau. Ils m’ont étonnée par leur finesse en étant capables d’établir des comparaisons entre les personnages de Matilda et ceux d’autres livres, et ils ont pu cocher un nombre tout à fait appréciable d’œuvres plus ou moins classiques dans la liste ‘qu’avez-vous lu ?’ de notre première worksheet. Je retiens des progrès remarquables d’un certain nombre d’entre eux en expression écrite (ils tâchaient, souvent à bon escient d’ailleurs, de réutiliser les tournures et le vocabulaire rencontrés et élucidés), et j’espère vraiment y avoir contribué. Et voilà que voyant leurs aînés lire un livre entier en anglais, mes Seconde LV2 ont voulu avoir leur séquence de lecture suivie aussi. Pensant qu'il était peut-être un peu ambitieux avec des LV2 de lire un livre entier, j'ai proposé un chapitre de Harry Potter and the Philosopher's Stone et ai obtenu d'assez bons résultats, puisque nous avons pu classer et parler des personnages, des événements et des lieux sans problèmes, évoquer la disposition du texte et ses particularités, et travailler sur le style et le ton humoristique. Au niveau des apports linquistiques, nous nous sommes plongés dans l'étude exhaustive de la comparaison et de la formation des mots (ce dernier point étant un passage obligé pour toute personne désirant améliorer sa compréhension écrite). Nous avons même pu faire un peu de phonologie.
Cette année non plus, je n'ai pas pu résister à l'envie de faire du texte long, avec une nouvelle de Tony Wilmot en classe de seconde. Je regrette juste d'avoir consacré tant de temps à cette séquence, puisqu'il faut se méfier en initiant les élèves à la lecture en langue étrangère de ne pas susciter une réaction d'ennui, inverse bien entendu à celle que l'on espère. Le texte long est à mon avis indispensable en cours de langue pour valoriser les élèves et leur faire prendre conscience ce tout ce qu'ils peuvent comprendre. Voilà pourquoi je mijote désormais de l'introduire au collège...
Par serialteacher, Jeudi 8 Juin 2006 à 17:38 GMT+2 dans Expériences... (article, RSS)






