Le jour où je les ai tous attrapés...
Je laisse mes petits Seconde arriver dans ma salle. Ils sortent d'allemand où ils ont eu cours de 8 à 9h et c'est mon tour à présent. Au lieu de les accueillir à la porte comme toujours, je reste près de mon bureau les yeux baissés, je ne bouge pas. Ils entrent en silence, s'interrogeant visiblement sur le mien, et s'installent. On entend une mouche voler. Je lève la tête et je vois 16 paires d'yeux fixés sur moi, attendant que je leur explique cette attitude très inhabituelle. Autre nouveauté, je prends la parole en français: "Bien. C'est la dernière semaine avant les vacances de Noël... et c'est aussi notre dernière semaine ensemble. J'ai été mutée ailleurs pour la rentrée de janvier." Consternation dans la salle. Les "quoi?"; "hein?" et autres "c'est quoi ce délire?" fusent. Devant leurs mines aussi mécontentes qu’anxieuses je ne résiste pas plus longtemps : ‘non j’rigole’ et j’éclate de rire, manquant me prendre 16 trousses dans la figure. Mathieu, pour m’apprendre, s’écrie cependant ‘oh noooon, fausse joie…’
Une heure plus tard, en arrivant chez les 1ere ES, je me dis ‘allez, c’était trop marrant, je recommence.’ Et je redébite gentiment mon petit mensonge
. Mêmes têtes, mêmes exclamations de surprise, même déconfiture, bref même réaction. Etant un peu échauffée grâce à mon coup d’essai en Seconde, je me retiens de rire un peu plus longtemps et j’en rajoute. ‘C’est pas moi, c’est l’IUFM qui décide. Ne faites pas la tête, on ne va pas gâcher le peu de temps qu’il nous reste à passer ensemble…’ Lorsque, peu après, je craque et leur ressors mon ‘non j’rigoooooole’
, j’aperçois un garçon au fond, Alexandre G. si j’ai bonne mémoire, laisser tomber sa tête dans ses mains pendant que ses camarades me huent et j’entends un ‘oh p… qu’elle est c…’ C’est Benjamin G., élève que j’affectionne particulièrement parce qu’il est un tout petit peu provocateur mais a beaucoup d’humour, qui parle pour toute la classe : ‘Au moins la réaction doit vous faire plaisir, vous voyez qu’on vous aime bien.’ Avant d’ajouter avec un sourire en coin ‘Et moi qui croyais qu’on aurait enfin un prof d’anglais compétent.’ Voilà. Voilà ce qu’on récolte à essayer de semer la zizanie… Il n’empêche que c’est vrai, leurs réactions m’ont fait plaisir, même si je n’avais pas calculé ma farce dans cet esprit-là, comme ils m’en ont accusée par la suite…Par serialteacher, Vendredi 9 Juin 2006 à 00:56 GMT+2 dans Les moments de pur bonheur (article, RSS)





