Le dossier Dahlia Noir
Qu'a bien pu faire Elizabeth Short, starlette de 23 ans, mythomane, fille sans attaches réelles et même sans grande importance, pour que le 15 janvier 1947 on retrouve son corps nu, épouvantablement mutilé et coupé en deux sur un terrain vague de Los Angeles? La police ayant définitivement abandonné la piste du tueur psychopathe et isolé, quelle (très)mauvaise rencontre a pu faire cette jeune fille, surnommée le Dahlia Noir dans les bars en raison de ses cheveux noirs, souvent ornés d'un dahlia et de ses vêtements chics et sombres? Où et par qui a-t-elle été tuée? Qui était-elle en réalité et quel sombre secret détenait-elle pour qu'on veuille se débarrasser d'elle de manière aussi 'exemplaire'? C'est à ces questions et à bien d'autres que répond Don Wolfe dans son livre, au terme de plus de 50 ans d'enquête. Si l'affaire du Dahlia Noir, des mots mêmes de l'auteur, suscite émotion, interrogations et horreur depuis tant d'années, c'est qu'il plane autour d'elle un mystère et un silence qui rappellent certains secrets impénétrables tels que l'identité du véritable meurtrier de John Kennedy ou le caractère douteux du suicide de Marilyn Monroe (qui connaissait d'ailleurs Elizabeth Short pour avoir un temps travaillé dans les mêmes boîtes). Don Wolfe a accompli avec ce dossier un travail herculéen, interviewant, cherchant, regroupant et classant avec patience et persévérance faits et photos, tous plus difficiles à soutenir les uns que les autres, pour nous offrir la sordide vérité sur une affaire qui a traumatisé l'Amérique tout entière et rapporté des millions de dollars aux journaux de l'époque, des plus prestigieux comme l'Examiner ou le Times, aux plus minables tabloïds. On y découvre, sur fond de films noirs, de stars en toc, de mafia et de poudre aux yeux hollywoodienne, le rôle des journalistes dans le déroulement de l'enquête, la corruption de la police et des hommes politiques, le pouvoir de la pègre et de certains parrains notoires. Je m’étais familiarisée avec le thème du crime organisé entre 1920 et 1950 dans le cadre de la prépa CAPES, et en diversifiant mes sources et mes champs de recherches, j’avais déjà été confrontée à quelques aspects sanglants caractéristiques de l’époque, mais avant d’ouvrir ce livre, jamais je n’avais voyagé aussi loin dans la fange du monde interlope. Pour public averti tout de même.
Par serialteacher, Mercredi 15 Novembre 2006 à 11:02 GMT+2 dans Le bidule du mois (article, RSS)





