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Comment on fabrique un prof...

 Je ne sais plus ce qui m'a donné l'idée d'écrire ce billet, mais je suis enchantée de l'avoir eue. D'aussi loin que je me rappelle, je parle anglais: j'ai appris mes premiers mots et mes premières Shakespeare's songs avec mon père, lui-même bilingue, puis j'ai assisté au cours de l'Infop locale lorsque j'étais au CE1, mon année de CM2 connut les balbutiements de l'anglais au primaire, et naturellement, j'ai fini par atterrir en 6e. Et là j'ai fait la connaissance de mon premier vrai professeur d'anglais, Monsieur Carré. Un homme très grand et très mince, déjà presque en fin de carrière, avec des lunettes et un sourire aussi large qu'il était rare, car c'était quelqu'un de très sérieux, monsieur Carré, dans son costume-cravate. Très brusque et rapide dans ses mouvements, il me faisait penser à Sherlock Holmes sans son Watson. Il y avait toujours à côté de son bureau une grande badine dont il ne se servait que pour attirer l'attention des bavards du premier rang pour éviter de s'interrompre ou d'étendre le bras, qu'il avait pourtant long, comme ses jambes. Lorsque perché sur son estrade, il annonçait qu'il allait rendre les contrôles, ma voisine Sophie et moi attendions avec impatience le moment où avec tout son élan, il allait descendre de son promontoire pour traverser la classe en 3 enjambées et me rendre ma copie. Il classait les notes de la meilleure à la moins bonne, ce qui de nos jours serait jugé anti-pédagogique, mais ayant toujours reçu par le fait ma copie en premier, (sauf une fois en 3e, et naturellement tout le monde s'est empressé de s'exclamer que 'ah tiens ça changeait' à ma grande humiliation), je ne voyais rien à y redire. Il avait un accent très british, roulait ses 'r' de façon à peine perceptible, et m'a, je crois, donné cette vocation sourde qui ne s'est révélée que bien plus tard. Je souris avec émotion lorsque je passe devant chez lui, je le vois de temps en temps en ville, sur le marché, à la boulangerie pour notre plus grand plaisir à tous les deux. Nous discutons de tout et de rien, du temps qu'il fait, surtout pas de sa santé car il est bien malade, de ma carrière, de ma dernière inspection, de mes élèves et de la beauté de notre métier. 20 ans après ma sixième, je crois que je peux dire que nous nous sommes autant marqués l'un que l'autre...

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