L'enfer, c'est les autres, mais pas ceux qu'on croit...
Les éternels révoltés sont des imbéciles. Ça n'est pas de moi, mais d'un de mes vénérés profs de fac qui finira sans doute dans le Hall of Fame des grands philosophes, entre Kant et Jean-Claude Van Damme. Cette boutade, lancée lors d'un cours de licence je crois, visait les râleurs patentés, club dont il se savait par ailleurs membre. Si je la reprends aujourd'hui, c'est pour l'appliquer à une situation actuelle et y faire de légers amendements : certains révoltés sont non seulement de graves imbéciles mais aussi de forcenés égocentriques suant la frustration et l'agressivité par tous les pores. Prenons un exemple au hasard : que diriez-vous d'une personne qui suggèrerait d'interdire les restaurants aux enfants... On pourrait éventuellement décider de traiter ce genre d'idée par le mépris et ne pas faire de commentaires. On pourrait. Ou alors on pourrait, dans le cadre de l'opération ‘combattons-la-crasse-cérébrale-et-faisons-de-l'incitation-à-l'intelligence-on-ne-sait-jamais', jeter à la poubelle, définitivement et sans un regard, l'option ‘désapprobation silencieuse'.
Penchons-nous donc si vous le voulez bien sur les arguments de cette bienfaitrice de la vie en société : les enfants sont bruyants, font des caprices, courent entre les tables, bref ruinent le repas des paisibles dîneurs dépourvus de progéniture venus en toute innocence passer, croyaient-ils, une soirée au calme, invoquant par-dessus le marché un seuil de tolérance assez bas dû à la faim. Et moi qui connement croyais que ventre affamé n'avait pas d'oreilles... A un enfant qui prétexterait sa faim pour justifier d'un comportement tel que décrit plus haut, on flanquerait une bonne fessée pour lui apprendre à être capricieux, lui. Un adulte qui ne sait pas contrôler son humeur parce qu'il a faim (c'est une gastroplastiée qui vous le dit) et qui affiche une réactivité aussi borderline que celle observée chez la personne qui a commis cette idée a un sérieux problème.
Mais alors, me direz-vous, que suggère la personne ? C'est tout simple : que les parents trouvent une baby-sitter pour s'occuper de leurs moutards et viennent soigner leur vie de couple en tête-à-tête. Eh oui, ces parents n'ont-ils pas envie de passer une soirée sans leurs enfants ? Il me paraissait pourtant évident, lorsqu'on a un travail et des enfants (mais peut-être faut-il avoir l'un et l'autre pour comprendre) qu'on ne voit pas de la journée, qu'on pouvait aussi avoir envie d'être avec eux, et si ça inclut le fait pour Papa ou Maman de ne pas se prendre la tête à faire la cuisine pour tout le monde et de les emmener au chinois une fois de temps en temps pour leur faire plaisir, je ne vois vraiment pas où est le problème. Surtout à une époque où on reproche à tant de parents d'être démissionnaires, de ne penser qu'à eux et de ne pas ouvrir leurs enfants au monde et à la culture (oui, la gastronomie aussi c'est de la culture, ça s'enseigne et ça s'apprend. On ne sort pas juste pour sortir, parfois.) Je trouve tout simplement révoltant de mettre un veto à la présence des enfants. Sans être totalement ‘silencieux et calmes' (ce qui va quand même à l'encontre d'une nature d'enfant en bonne santé), les enfants ont des voix aiguës, c'est vrai ; ils ont parfois du mal à tenir en place lorsque les restaurateurs tardent à amener les plats à table, c'est vrai aussi, mais ils sont loin d'être les gremlins pour lesquels on voudrait les faire passer.
La pénibilité engendrée par l'autre dans les lieux publics ne se résume en effet pas au fait de courir entre les tables, sinon c'est aux courants d'air qu'on est allergique, pas au bruit. Et difficile évidemment de trouver dans ce cas d'autres cibles que les enfants (encore que je n'en aie encore jamais vu cavaler entre les tables ailleurs que dans un Macdo ou un Flunch, peut-être fréquenté-je des restaurants trop ‘posh', allez savoir) Or si le bruit représente la nuisance première pour ceux qui aiment être tranquilles au restaurant et dont je fais partie, comme tout le monde, est-il juste d'en imputer la responsabilité aux seuls enfants? Sont-ce les enfants qui dégainent leur portable à tout va en prenant un air faussement gêné et vocifèrent des conversations qu'ils imaginent passionner tout le monde ? Lorsqu'on regarde la proportion d'enfants vraiment turbulents dans les restaurants, ceux qui justifient qu'on compare un dîner au restau avec une « soirée crèche », elle me paraît bien négligeable comparée à tous ceux qui restent sagement assis à table, et les tablées bruyantes rencontrées au fil de mes sorties furent soit composées de joyeux septuagénaires (je ne suis pas près d'oublier les décibels émanant de la salle réservée à un club du 3e âge chez Maïté en 2004, et non, mes enfants n'ont pas mangé de steak frites, elles ont largement apprécié leur assiette de foie gras - magret de canard - salade landaise parce que je prends soin de les éduquer de ce côté-là aussi. Combien d'enfants de 6 et 8 ans connaissez-vous qui boudent les poissons panés et se jettent sur les sushi ? Mais trêve de digressions) soit de collègues de travail et /ou amis ayant quelque chose à fêter, adultes et donc en âge de s'autocensurer sur la gêne qu'ils peuvent occasionner mais ne le firent pourtant jamais. Itou dans les salles de cinéma.
Soyons sérieux deux minutes. Interdire les restaurants aux enfants trahit une inadmissible ignorance de la notion de ‘lieu public' d'une part, et cette intolérance vis-à-vis de ces « sales marmots » n'est l'affaire, fort heureusement, que d'une poignée d'ahuris qui assument tellement mal leur non-désir d'enfant qu'ils se sentent obligés de le crier à la face du monde en écrivant des billets tous aussi écœurants les uns que les autres (allez un peu voir les icônes d'utérus barrés avec le message ‘do not enter' par exemple, qui accompagnent leurs torchons sectaires) et s'empressent d'assimiler parentage et beaufitude.
Qu'on n'ait pas envie d'avoir des enfants, c'est le choix de chacun. Qu'on fasse du prosélytisme acharné en montrant pour eux une agressivité déplacée, c'est oublier qu'on a tous un jour été des emmerdeurs chauves et braillards avec des couches sales.
Ne pourrait-on pas envisager que ces mêmes couples sans enfants, qui semblent détenir la Vérité et qui sont prêts à sacrifier les parents (qui ne sont pas juste des parents, mais des personnes aussi) soignent leur couple chez eux autour d'un bon repas aux chandelles préparé avec amour ? Considérer que la cuisine en couple n'est pas « hype », agréable ou simplement amusant procède d'un cruel manque d'imagination.
En bref, je ne vois vraiment pas pourquoi on placerait toujours la liberté individuelle du plus con au-dessus du reste. Ne dit-on pas que c'est au plus gêné de partir ? Franchement mon fondement me lance à l'idée que ce sont mes gosses qui payeront les retraites de ces écorchés du cortex.
Je suggère moi que l'on ouvre des restaurants spéciaux pour les radasses frustrées personnes manquant de jugeotte et qu'on mette à l'entrée des paniers d'œufs durs pour caler leur faim et faire remonter leur seuil de tolérance à un niveau normal en attendant qu'on leur apporte leur commande, tout cela dans le plus grand silence. Ou alors qu'on empaille les personnes concernées, car quitte à avoir une expression figée au finish, la taxidermie conserve mieux que le botox.
Avoir des gosses et regarder les Walt Disney avec elles m'a au moins permis d'apprendre que les méchantes reines finissent rarement bien.
Sur ce, Tornade, accepterais-tu d'être ma marraine ?
Par serialteacher, Mercredi 2 Mai 2007 à 23:09 GMT+2 dans La pensée du jour... (article, RSS)








