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Serialteacher a un an!

Depuis le temps que j'attendais ce jour, le voici enfin venu, mon blogversaire! Et quoi de mieux pour le fêter que de mettre ici une compil des ups and downs de cette semaine? Oui bon, la semaine n'est pas terminée mais on va faire comme si, et si jamais demain un épisode marquant survenait, je ferai une édition à mon article.

Je commence donc avec Mathilde qui, lundi, m'a gentiment offert un cornet de dragées de sa communion, puis mes anciens sixièmes qui sont venus en masse s'inscrire pour faire des gâteaux et servir les boissons au Café des Langues le 16 juin en plus de mes sixièmes actuels et de mes troisièmes. A l'heure actuelle j'ai 45 gâteaux de prévus et une trentaine de 'serveurs'. Le Café des Langues est en passe de devenir un événement mondial à la hauteur du Festival de Cannes.

Mardi, j'ai reçu un autre petit cadeau, sous la forme du stylo jaune citron dont je parlais dans le Serial Matos et que je n'avais pas encore. C'est Caroline qui l'a fait déposer par Léa sous mes affaires au cours d'une heure d'Aide et Accompagnement pour que je le trouve en rangeant.

Les downs ça serait plutôt les 5 colles et la punition que j'ai distribuées entre lundi et aujourd'hui, parce que ces petits élèves-là se croient en vacances. Et puis, bien sûr, il y a les bourdes commises en classe, parce que je suis, à ce stade de l'année, complètement sur les genoux et que je fais moins attention à ce que je raconte. Comme par exemple enguirlander Thomy parce qu'il a jeté une boule de papier froissé au travers de la classe et lui expliquer posément que les sage-femmes ne sont pas là pour nettoyer après lui... Et puis une autre tellement énorme que je préfère me taire... la dernière fois que je m'étais mordu la langue aussi violemment, c'était l'année dernière en seconde, lors d'une description d'un tableau de Norman Rockwell. Les élèves étaient en train de me décrire Rockwell et l'un d'entre eux, Julien, m'a dit "He's good-looking' et je lui ai répondu 'ah, c'est votre genre?' Non, vraiment, je me laisserai pas abattre par ces boulettes, mais quand même, je me dis qu'après coup les gosses doivent bien se foutre de moi payer ma tête entre eux après les cours. Lorsque je sors à Kevin que j'aimerais bien qu'il me montre autre chose que son crâne, par exemple, je me félicite qu'il n'ait pas trop de répartie...

Bref, Happy Birthday Serialteacher, moi je te souhaite de durer encore longtemps...

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Mon blog et moi

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Professeur d'anglais (passionnée) depuis quelques années, je suis quotidiennement confrontée à des situations amusantes, émouvantes, critiques, cocasses, agaçantes, ridicules, extrêmes parfois, qui entretiennent mon intérêt pour mon métier et en font la richesse. Pour ne rien oublier, car le temps passe vite, les classes et les cours se succèdent et on a beau avoir bonne mémoire, on se rend souvent compte qu'on a oublié des choses lorsque quelqu'un nous les rappelle, j'ai eu l'idée de réunir ici pêle-mêle (enfin pas trop quand même) et de partager tout ce qui fait mon univers de prof: mes plus grands succès ainsi que mes plus grosses 'claques', les 'perles' des élèves (et les miennes aussi, en fait) et quelques-unes de leurs productions... Il est même possible que vous trouviez prochainement des fiches d'exercices en ligne. Bonne visite donc, et bienvenue dans le monde de...


SERIAL TEACHER

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Alors voilà...

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Je m'appelle Cécile, j'ai 30 ans et j'enseigne en Bourgogne, dans l'académie de Dijon, depuis 1999. Je suis l'heureuse maman de deux merveilleuses petites poules tout comme moi tombées dans la marmite de l'anglais et des langues en général depuis leur naissance en 1999 et en 2001.
Au cours de ma jeune et modeste carrière, j'ai eu l'occasion de m'occuper:
- d'élèves de collège en 6e, 5e et 3e,
- d'élèves de lycée général en 2nde LV1 et LV2, et en 1e L ES et S,
- d'élèves de BEP en 2nde VAM (vente action marchande) et MDS (métiers du secrétariat), et en Terminale CSS (carrières sanitaires et sociales) et MDS.
- d'élèves de Bac Professionnel en Terminale SMS (sciences médico-sociales).
J'ai également travaillé comme formatrice dans un centre de loisirs (cours débutants et de conversation) et fais depuis septembre 2005 du bénévolat en CE1 à l'école élémentaire que fréquentent mes filles. J'ai récemment dû abandonner (à regret) la traduction faute de temps.

Une première manifestation de la vocation?
Lorsque j'étais au lycée, en terminale A2 (eh oui, j'ai passé le bac en 1994, juste avant que la filière ne soit logiquement rebaptisée L), je me rappelle un beau jour où l'on nous avait attribué une salle de révisions pour travailler en comité restreint. Nous étions donc là, jeunes génies littéraires, à nous pâmer devant je ne sais plus quel texte merveilleusement abscons lorsqu'un bruit digne de l'apocalypse se fit entendre. En effet, le professeur chargé de prendre la classe de 3e qui était installée dans la salle contigüe était absent, et nul ne voyait l'intérêt de déscendre en étude avant que l'on vienne les chercher. Obéissant donc à l'un de ces automatismes qui, je dois l'admettre, me ruinent parfois la vie, j'ai 'pris' la classe pour une demi-heure d'anglais improvisée. Cette inspiration me valut la reconnaissance amusée de la CPE (il s'agit d'une conseillère principale d'éducation, je m'empresse de le préciser avant de faire l'objet d'un blocus) car les bambins écoutaient et ne pensaient plus à chahuter (il faut dire que, connaissant mon public, le 'cours' était davantage présenté comme un sketch que comme une leçon formelle). Je me suis surprise à penser que j'avais vraiment apprécié ce moment et à regretter le fait que je ne serais jamais prof. Pourquoi pas, au juste? je n'en ai pas la moindre idée...

Et pourquoi pas, en fait?
J'ai curieusement faits mes débuts universitaires en droit, ne sachant pas réellement vers quelle carrière m'orienter mais j'ai rapidement bifurqué vers la voie qui me permettait de faire ce que j'adorais depuis toujours: de l'anglais. Sachant pertinemment que le 'seul' débouché qui s'offrait à moi était l'enseignement, je me suis sentie enfin à ma place dans mon UFR. S'ensuivirent 5 années d'études couronnées par un DEA en 2000, quelques années de vacations, la naissance de mes enfants et l'obtention du CAPES en 2004. La suite reste à écrire... quand 35 ans d'enseignement derrière moi j'aurai, probablement moins en forme je serai...

A part ça...
Mes centres d'intérêt sont assez nombreux, je citerai en vrac la lecture, le cinéma, le paintball, les langues (je suis fervente pratiquante de l'espagnol et mâchonne un peu d'allemand) et donc les voyages, l'écriture, la décoration et les créations manuelles, le bricolage et le sport (je suis très sportive, je ne rate jamais Roland Garros)

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Un parfum d'enfance...

 

      Chacun et chacune a des repères auxquels il ou elle tient, car ils représentent une part de leur existence qui leur est plus ou moins chère : l'enfance. Si beaucoup d'entre nous, trentenaires, aiment passionnément débattre des Cités d'Or, des Chevaliers du Zodiaque, du Club Dorothée ou de Goldorak, les dénominateurs communs de ce type (oui oui, communs, car même pour moi qui n'ai jamais tellement eu le droit de regarder la télé lorsque j'étais enfant ou ado, ils sont synonymes de mercredi après-midis enchantés et enchanteurs) ne représentent (tout du moins je l'espère pour vous) que la partie haute de l'iceberg. Nous n'avons pas tous eu ou lu les mêmes histoires, écouté les mêmes chansons, chanté les mêmes comptines et appris les mêmes poésies. Il se trouve que ces derniers temps, j'ai fait un plongeon dans le monde de mon enfance en retrouvant certaines choses qui m'étaient précieuses : à Vichy, en septembre dernier, j'ai retrouvé dans une confiserie (ça ne vous aidera pas, à vichy, un magasin sur trois est une confiserie, le reste étant soit une boutique de prêt-à-porter féminin soit une pharmacie.) les bonbons que ma grand-mère gardait dans une pomme à glaçons en plastique orange bien kitsch, et qui avaient la forme de petits pois et de lardons (rassurez-vous, ils ont un goût d'anis). J'y ai même vu les petits réglisses cylindriques que mon autre grand-mère avait toujours dans son sac à main et qui se vendaient dans les petites boîtes rondes en fer rouge et blanc.

      Puis, quelques mois plus tard, ma mère a réalisé un coup de maître en passant sa première commande sur internet : quelques jours plus tard, elle recevait par la poste un CD regroupant les chansons de Bob et Bobette, comptines et berceuses des années 20 et 30, que mes grands-parents avaient chez eux sous forme de 45 tours, et dont ma grand-mère s'était débarrassée en faisant comme à son habitude du nettoyage par le vide en vendant sa maison de campagne. Par la suite, mes frères et sœurs, ma mère et moi-même avions avec plus ou moins de succès mis en commun nos souvenirs pour retrouver les paroles de ces chansons, que nous croyions perdues à tout jamais. Et voilà que, par le biais d'un outil aussi génial que l'internet (et zut à ses détracteurs, si vous me lisez c'est que vous êtes connectés !), l'épouvantable erreur est réparée et que je peux à nouveau écouter avec ravissement Souriquet s'en va-t-en guerre, la Berceuse de Nounourse, les Roses de Mon Rosier ou encore la Marche des Petits Lapins. Je me revois à Messey sur Grosne chez mes grands-parents l'été, en pleine compétition de ‘robes qui tournent' avec ma cousine Nathalie, il y a des papiers peints psychédéliques au mur et mon grand-père regarde Ivan Lendl battre ses adversaires sur son poste de télé en noir et blanc qui fait un bruit épouvantable et saute souvent. Nathalie et moi, entre deux orgies de groseilles à maquereaux (dont je me suis acheté un plant il y a deux semaines, dans ma dynamique actuelle de retour en arrière), entre deux parties de Nain Jaune, entre deux allers-retours à la piscine, nous planifions moult vacheries à faire à nos petites sœurs, tranquillement.

      Enfin, un rapide passage dans mon grenier, une razzia sur ebay m'ont permis de retrouver des livres lus et relus lorsque j'étais enfant et gravés dans ma mémoire par passages entiers. Mon Oncle et Mon Curé (dont l'exemplaire d'origine était annoté en tous sens au stylo bille vert par mon arrière grand-père chez qui c'était une manie), la Petite Sœur de Trott, Ces Dames aux Chapeaux Verts, Lili et Son Loup, Mamou, les Lettres de Mon Moulin, les Contes du Chat Perché, la collection des Heidi et de la Comtesse de Ségur, les œuvres de Pagnol, la liste est loin d'être exhaustive, mais petit à petit, je mets de côté tous ces trésors si chers à mon cœur et qui, je l'espère, deviendront des souvenirs pour mes enfants et, bien plus tard, pour mes petits-enfants...

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Ma formation de secouriste

Mis à profit la Semaine ‘Travailler Autrement’ pour suivre une formation qui me tentait depuis déjà quelques années, celle de Secouriste Sauveteur du Travail. Du travail ou de n’importe quel autre cadre, d’ailleurs. Comme nous l’a précisé Valérie, notre infirmière scolaire qui dispensait cet enseignement, un secouriste est censé intervenir dans la mesure de ses moyens quelle que soit la situation d’urgence, tant qu’il ne met pas sa propre vie ou celle de tiers en danger. J’attendais beaucoup de ce stage, et même si l’accident est postérieur à mon inscription, il m’a d’autant plus motivée à le suivre avec toute l’attention et l’application dont j’étais capable. Le stage s’est déroulé dans une bonne ambiance, et tous l’ont pris au sérieux. Valérie a fait preuve d’une grande compétence et de beaucoup de patience envers chaque petit padawan, et je lui suis très reconnaissante de chaque geste appris au cours de ces 12 heures, intenses mais ô combien constructives. Autant théorique que pratique, la formation nous a permis de partir en vacances avec un agréable sentiment de sérénité, sachant que tout en n’étant pas capables de répondre à n’importe quel problème, nous serions sans doute désormais moins démunis face à un saignement, un étouffement, un malaise, une brûlure et caetera. Au passage, il y a tellement à retenir que je suis bien contente de savoir que dorénavant, le ‘recyclage’ des secouristes est obligatoire, à hauteur de quatre heures par an. Me voilà donc secouriste, ce dont je ne suis pas peu fière, attendant de recevoir ma carte et ma trousse de secours, et espérant ne jamais avoir à me servir de ce que j’ai appris.

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Comme ça, en passant...

7 choses à faire avant de mourir :

- Visiter l'Espagne de fond en comble

- Voir le Carnaval de Venise

- Publier tous mes projets littéraires

- Apprendre le gaélique

- Acheter une maison avec un jardin et en faire un endroit où chacun se sent bien

- Tourner un court-métrage

- Dessiner ma collection de vêtements

 


7 choses que vous faites bien :

- La cuisine

- Donner des ordres

- Décorer et bricoler

- Ecrire

- Parler

- Faire rire

- Maîtriser l'adversaire à coups de vannes


7 choses que vous ne savez pas faire :

- Dessiner 

- Nager le crawl

- Résister au chocolat

- Suivre un traitement correctement

- Prendre une décision importante rapidement

- M'occuper d'une plante verte

- Etre à jour dans mon repassage

7 choses qui vous attirent chez le sexe opposé :

- La culture et l'intelligence

- La disponibilité

- La gentillesse

- L'humour

- La fantaisie

- L'élégance

- La débrouillardise

7 choses que vous dites souvent :

- C'est parti!

- Et ta mère?

- Ca va, hein...

- Attention...

- Bonne nuit, quoi!

- Arrête de faire la dinde

- Je dois avoir des hallu...

7 personnes à qui vous refilez le bébé :

Pas besoin, il suffit de recopier et de répondre soi-même si on en a envie...

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Moi j'étais tellement une star en anglais que...

Vous vous dites que ça sent le post à auto-congratulation? Eh ben vous avez raison. En ces temps moroses d'incertitude face à mon devenir professionnel pour la prochaine rentrée, je me suis dit qu'un peu de pommade (oui bon, passée par moi-même d'accord. Je HAIS les rabat-joies ) serait une bonne idée, meilleure en tout cas qu'une tablette de chocolat (ou alors au lait. Et avec des noisettes dedans . Après tout, fat is beautiful. Qu'on se le dise.) J'ai donc rassemblé quelques souvenirs de cours d'anglais particulièrement agréables à évoquer. Si toutefois vous étiez réellement inquiets pour la taille de mes chevilles, (cause modestie, natürlich. Pas cause chocolat) interrompez là votre lecture, car je vais devenir réellement insupportable de prétention. 3...2...1... c'est parti.

Alors nous sommes tout d'abord en CM2, et c'est Madame L., professeur d'allemand au collège qui vient nous donner les cours d'initiation à l'anglais. C'est la veille des vacances de Noël et nous travaillons sur les chiffres et les nombres. Comme j'ai déjà vu tout ça il y a bien longtemps, je ne suis pas furieusement excitée par le cours... en tout cas jusqu'au moment où madame L. nous annonce qu'elle va dicter des nombres, et que le premier à lever la main ira au tableau. Si sa réponse est juste, il ou elle sera récompensé(e) par une papillotte. J'ai raflé quasiment tout le paquet . Quasiment, car dans mon infinie bonté, j'ai laissé les autres répondre une ou deux fois...

Quelques années plus tard, en 5e... l'ère des verbes irréguliers (en tout cas, je suis sûre de ne pas en avoir eu à apprendre en 6e, j'ai découvert le prétérit pendant les grandes vacances entre 6e et 5e, au cours d'un séjour d'un mois chez ma correspondante près de Londres.) Ma prof d'anglais s'appelle Madame Michel, elle est assez sèche (cheveux noirs coupés au carré et pas militaire immanquable dans les couloirs) mais comme j'aime l'anglais, j'aime la prof. Normal. Et heureusement, parce que je l'ai aussi eue en 4e. En deux ans de 'collaboration', j'ai pris la parole un certain nombre de fois, dont une qui l'a fait regarder sa montre d'un air moqueur parce que je tenais le crachoir depuis plus d'une minute pour répondre à une bête question sur un texte. La classe s'est mise à glousser et moi avec, parce que pour la peine, j'ai continué à parler.  Une autre fois, même année, même prof, j'ai balancé une gigantesque claque bien sonore (et bien méritée) à mon voisin pendant qu'elle écrivait une phrase au tableau. Elle s'est retournée en roulant des yeux incrédules et je ne peux même pas imaginer ce qu'elle a vu sans rire: les 25 paires d'yeux de mes camarades de classe rivées sur nous, moi, le mot 'coupable' quasiment écrit sur mon front et mon voisin, la marque de ma main imprimée en rouge marilyn sur la joue. Elle s'est remise à écrire sans faire de commentaire, jugeant sans doute que vu le voisin, la claque avait dû être motivée par de solides raisons et que ma réaction avait probablement été saine... Pensez-vous, une élève qui se casse l'épaule droite et arrive à avoir 18 quand même à ses contrôles écrits de la main gauche et rendus avant que les autres aient fini d'écrire la date... Curieusement, j'avais trop mal pour faire les contrôles de maths.

 En 3e, de retour dans le cours de mon bien-aimé Monsieur Carré. J'avais le coeur plein d'allégresse parce que je l'avais entendu parler de moi à la prof de dessin (comme la prof de maths, c'était une religieuse...) en disant que je travaillais très bien et qu'il espérait que ma soeur, qui arrivait à ce moment-là en 6e, travaillerait aussi bien que moi . Premier cours, il nous demande de nous exprimer sur ce que nous avons fait pendant les grandes vacances. Les meilleurs élèves commencent à raconter les leurs, mais moi je me tais (je commençais à devenir un peu flemmarde, mais ça m'est passé assez vite). Monsieur Carré m'interroge donc, et nous voilà partis dans une conversation exclusive qui a duré assez longtemps pour qu'il m'adresse un sourire radieux et pour que je prenne 1- la grosse tête et 2- l'étiquette permanente de chouchou du prof.

Au lycée, nouvelle prof que j'ai gardée jusqu'au bac. Mademoiselle Colmant, très gentille, très petite aussi, avec toujours des jupes écossaises et vestes autrichiennes qui lui allaient comme un gant. Petit serre-tête assorti et tout... Ce qui était rigolo c'est qu'elle perdait souvent sa voix. On l'écoutait et au beau milieu d'un cours, pouf, on l'entendait plus. Être prof et avoir des cordes vocales fragiles, ça n'est pas simple tous les jours. Moi qui vous parle, avant d'enseigner, je pouvais affronter n'importe quelle température sans écharpe sans tomber malade. Une vraie carne je vous dis. Maintenant que je suis prof, je suis régulièrement aphone trois fois par an (comment ça, je n'ai plus 20 ans, en même temps?). Ce qui ne m'empêche pas de faire cours, mais de façon adaptée quoi. Trêve de digressions. Mademoiselle Colmant, ce qui l'agaçait, c'était ma tendance à bavarder en cours. Oui je sais, pas bien, quand c'est dans les miens qu'on bavarde j'apprécie moyen. Mais en fait, ce qu'elle ne savait pas, c'est que je suis capable de suivre deux, voire trois conversations à la fois (ce qui ne manque pas d'épater dans les dîners, lorsque je réponds à truc alors que j'écoute machin), et que régulièrement, lorsqu'elle m'interrogeait pour me confondre, je sortais une réponse pertinente et structurée, dans un anglais parfait, of course. Première semaine de cours en terminale par exemple, je suis au fond, je discute avec ma voisine Marie-Christine, et pan! 'Cécile, tell us about your opinion?' 'Well, what strikes me most about the US is the diversity of the landscapes. If you are used to living in Colorado for example, chances are you will be stunned on arriving in a big city such as New York, and vice versa.' Très lentement, avec les yeux ronds d'un cheval affolé, mon voisin de devant, pourtant mignon autrement, se retourna et me regarda avec effarement. Normal, il était nouveau, il ne me connaissait pas encore...

J'étais scolarisée dans un lycée privé où chaque semaine comptait, pour les 1ere et les Terminale, 3 heures d'entraînement au bac, la matière de la semaine étant définie par un calendrier distribué en début d'année. Eh bien moi, tellement j'étais une star en anglais que systématiquement les surveillants m'isolaient dans la salle d'étude pour les entraînements d'anglais, parce que les autres tentaient de m'extorquer des réponses ou du vocabulaire. Auparavant, lorsque je posais mon sac sur une table en arrivant pour le devoir et que je ressortais parce qu'il n'étais pas encore l'heure, dans les 30 secondes qui suivaient, les 4 tables autour de la mienne étaient prises. Cécile... Cécile...Cécile... on aurait dit qu'il y avait des cigales dans la pièce...

Année de Terminale, la honte cette fois. J'en veux encore à Julien F. d'avoir été assez vache pour m'infliger ça. Cours d'anglais avec Mademoiselle Colmant, nous travaillons sur les Black Panthers et sur les J.O de Mexico. Julien se retourne vers moi: 'ça veut dire quoi 'fist'?' 'Ben je sais pas trop en fait.' 'Ben demande à la prof alors.' 'Demande-lui toi-même, c'est toi qui en as besoin, et moi je suis trop bonne pour demander du vocabulaire, je perdrais de mon prestige...' Julien demande donc tout fort et devant toute la classe: 'Madame, avec Cécile on voudrait savoir ce que ça veut dire 'fist' mais elle veut pas vous demander pour ne pas perdre de son prestige...' Les autres, morts de rire, la prof, les joues gonflées de rire contenu, Julien trop content de son petit effet et moi...

Bon enfin bouffonne ou pas, j'ai passé mon oral d'anglais du bac avec brio, et pour l'écrit, on m'a dit le lendemain que Mademoiselle Colmant m'avait attendue un bon moment à la fin de l'épreuve alors que j'avais rendu ma copie et que j'étais sortie avant qu'elle n'arrive au centre d'examen. Déçue j'étais de l'avoir ratée, c'est vrai que je ne m'attendais pas à ce qu'elle se déplace et que j'aurais bien aimé lui soumettre mes réponses.

 

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Comment on fabrique un prof...

 Je ne sais plus ce qui m'a donné l'idée d'écrire ce billet, mais je suis enchantée de l'avoir eue. D'aussi loin que je me rappelle, je parle anglais: j'ai appris mes premiers mots et mes premières Shakespeare's songs avec mon père, lui-même bilingue, puis j'ai assisté au cours de l'Infop locale lorsque j'étais au CE1, mon année de CM2 connut les balbutiements de l'anglais au primaire, et naturellement, j'ai fini par atterrir en 6e. Et là j'ai fait la connaissance de mon premier vrai professeur d'anglais, Monsieur Carré. Un homme très grand et très mince, déjà presque en fin de carrière, avec des lunettes et un sourire aussi large qu'il était rare, car c'était quelqu'un de très sérieux, monsieur Carré, dans son costume-cravate. Très brusque et rapide dans ses mouvements, il me faisait penser à Sherlock Holmes sans son Watson. Il y avait toujours à côté de son bureau une grande badine dont il ne se servait que pour attirer l'attention des bavards du premier rang pour éviter de s'interrompre ou d'étendre le bras, qu'il avait pourtant long, comme ses jambes. Lorsque perché sur son estrade, il annonçait qu'il allait rendre les contrôles, ma voisine Sophie et moi attendions avec impatience le moment où avec tout son élan, il allait descendre de son promontoire pour traverser la classe en 3 enjambées et me rendre ma copie. Il classait les notes de la meilleure à la moins bonne, ce qui de nos jours serait jugé anti-pédagogique, mais ayant toujours reçu par le fait ma copie en premier, (sauf une fois en 3e, et naturellement tout le monde s'est empressé de s'exclamer que 'ah tiens ça changeait' à ma grande humiliation), je ne voyais rien à y redire. Il avait un accent très british, roulait ses 'r' de façon à peine perceptible, et m'a, je crois, donné cette vocation sourde qui ne s'est révélée que bien plus tard. Je souris avec émotion lorsque je passe devant chez lui, je le vois de temps en temps en ville, sur le marché, à la boulangerie pour notre plus grand plaisir à tous les deux. Nous discutons de tout et de rien, du temps qu'il fait, surtout pas de sa santé car il est bien malade, de ma carrière, de ma dernière inspection, de mes élèves et de la beauté de notre métier. 20 ans après ma sixième, je crois que je peux dire que nous nous sommes autant marqués l'un que l'autre...

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