Vous vous dites que ça sent le post à auto-congratulation? Eh ben vous avez raison. En ces temps moroses d'incertitude face à mon devenir professionnel pour la prochaine rentrée, je me suis dit qu'un peu de pommade (oui bon, passée par moi-même d'accord. Je HAIS les rabat-joies
) serait une bonne idée, meilleure en tout cas qu'une tablette de chocolat (ou alors au lait. Et avec des noisettes dedans
. Après tout, fat is beautiful. Qu'on se le dise.) J'ai donc rassemblé quelques souvenirs de cours d'anglais particulièrement agréables à évoquer. Si toutefois vous étiez réellement inquiets pour la taille de mes chevilles, (cause modestie, natürlich. Pas cause chocolat) interrompez là votre lecture, car je vais devenir réellement insupportable de prétention. 3...2...1... c'est parti.
Alors nous sommes tout d'abord en CM2, et c'est Madame L., professeur d'allemand au collège qui vient nous donner les cours d'initiation à l'anglais. C'est la veille des vacances de Noël et nous travaillons sur les chiffres et les nombres. Comme j'ai déjà vu tout ça il y a bien longtemps, je ne suis pas furieusement excitée par le cours... en tout cas jusqu'au moment où madame L. nous annonce qu'elle va dicter des nombres, et que le premier à lever la main ira au tableau. Si sa réponse est juste, il ou elle sera récompensé(e) par une papillotte. J'ai raflé quasiment tout le paquet
. Quasiment, car dans mon infinie bonté, j'ai laissé les autres répondre une ou deux fois...
Quelques années plus tard, en 5e... l'ère des verbes irréguliers (en tout cas, je suis sûre de ne pas en avoir eu à apprendre en 6e, j'ai découvert le prétérit pendant les grandes vacances entre 6e et 5e, au cours d'un séjour d'un mois chez ma correspondante près de Londres.) Ma prof d'anglais s'appelle Madame Michel, elle est assez sèche (cheveux noirs coupés au carré et pas militaire immanquable dans les couloirs) mais comme j'aime l'anglais, j'aime la prof. Normal. Et heureusement, parce que je l'ai aussi eue en 4e. En deux ans de 'collaboration', j'ai pris la parole un certain nombre de fois, dont une qui l'a fait regarder sa montre d'un air moqueur parce que je tenais le crachoir depuis plus d'une minute pour répondre à une bête question sur un texte. La classe s'est mise à glousser et moi avec, parce que pour la peine, j'ai continué à parler.
Une autre fois, même année, même prof, j'ai balancé une gigantesque claque bien sonore (et bien méritée) à mon voisin pendant qu'elle écrivait une phrase au tableau. Elle s'est retournée en roulant des yeux incrédules et je ne peux même pas imaginer ce qu'elle a vu sans rire: les 25 paires d'yeux de mes camarades de classe rivées sur nous, moi, le mot 'coupable' quasiment écrit sur mon front et mon voisin, la marque de ma main imprimée en rouge marilyn sur la joue. Elle s'est remise à écrire sans faire de commentaire, jugeant sans doute que vu le voisin, la claque avait dû être motivée par de solides raisons et que ma réaction avait probablement été saine... Pensez-vous, une élève qui se casse l'épaule droite et arrive à avoir 18 quand même à ses contrôles écrits de la main gauche et rendus avant que les autres aient fini d'écrire la date... Curieusement, j'avais trop mal pour faire les contrôles de maths.
En 3e, de retour dans le cours de mon bien-aimé Monsieur Carré. J'avais le coeur plein d'allégresse parce que je l'avais entendu parler de moi à la prof de dessin (comme la prof de maths, c'était une religieuse...) en disant que je travaillais très bien et qu'il espérait que ma soeur, qui arrivait à ce moment-là en 6e, travaillerait aussi bien que moi
. Premier cours, il nous demande de nous exprimer sur ce que nous avons fait pendant les grandes vacances. Les meilleurs élèves commencent à raconter les leurs, mais moi je me tais (je commençais à devenir un peu flemmarde, mais ça m'est passé assez vite). Monsieur Carré m'interroge donc, et nous voilà partis dans une conversation exclusive qui a duré assez longtemps pour qu'il m'adresse un sourire radieux et pour que je prenne 1- la grosse tête et 2- l'étiquette permanente de chouchou du prof. 
Au lycée, nouvelle prof que j'ai gardée jusqu'au bac. Mademoiselle Colmant, très gentille, très petite aussi, avec toujours des jupes écossaises et vestes autrichiennes qui lui allaient comme un gant. Petit serre-tête assorti et tout... Ce qui était rigolo c'est qu'elle perdait souvent sa voix. On l'écoutait et au beau milieu d'un cours, pouf, on l'entendait plus. Être prof et avoir des cordes vocales fragiles, ça n'est pas simple tous les jours. Moi qui vous parle, avant d'enseigner, je pouvais affronter n'importe quelle température sans écharpe sans tomber malade. Une vraie carne je vous dis. Maintenant que je suis prof, je suis régulièrement aphone trois fois par an (comment ça, je n'ai plus 20 ans, en même temps?). Ce qui ne m'empêche pas de faire cours, mais de façon adaptée quoi. Trêve de digressions. Mademoiselle Colmant, ce qui l'agaçait, c'était ma tendance à bavarder en cours. Oui je sais, pas bien, quand c'est dans les miens qu'on bavarde j'apprécie moyen. Mais en fait, ce qu'elle ne savait pas, c'est que je suis capable de suivre deux, voire trois conversations à la fois (ce qui ne manque pas d'épater dans les dîners, lorsque je réponds à truc alors que j'écoute machin), et que régulièrement, lorsqu'elle m'interrogeait pour me confondre, je sortais une réponse pertinente et structurée, dans un anglais parfait, of course. Première semaine de cours en terminale par exemple, je suis au fond, je discute avec ma voisine Marie-Christine, et pan! 'Cécile, tell us about your opinion?' 'Well, what strikes me most about the US is the diversity of the landscapes. If you are used to living in Colorado for example, chances are you will be stunned on arriving in a big city such as New York, and vice versa.' Très lentement, avec les yeux ronds d'un cheval affolé, mon voisin de devant, pourtant mignon autrement, se retourna et me regarda avec effarement. Normal, il était nouveau, il ne me connaissait pas encore...
J'étais scolarisée dans un lycée privé où chaque semaine comptait, pour les 1ere et les Terminale, 3 heures d'entraînement au bac, la matière de la semaine étant définie par un calendrier distribué en début d'année. Eh bien moi, tellement j'étais une star en anglais que systématiquement les surveillants m'isolaient dans la salle d'étude pour les entraînements d'anglais, parce que les autres tentaient de m'extorquer des réponses ou du vocabulaire. Auparavant, lorsque je posais mon sac sur une table en arrivant pour le devoir et que je ressortais parce qu'il n'étais pas encore l'heure, dans les 30 secondes qui suivaient, les 4 tables autour de la mienne étaient prises. Cécile... Cécile...Cécile... on aurait dit qu'il y avait des cigales dans la pièce...
Année de Terminale, la honte cette fois. J'en veux encore à Julien F. d'avoir été assez vache pour m'infliger ça. Cours d'anglais avec Mademoiselle Colmant, nous travaillons sur les Black Panthers et sur les J.O de Mexico. Julien se retourne vers moi: 'ça veut dire quoi 'fist'?' 'Ben je sais pas trop en fait.' 'Ben demande à la prof alors.' 'Demande-lui toi-même, c'est toi qui en as besoin, et moi je suis trop bonne pour demander du vocabulaire, je perdrais de mon prestige...' Julien demande donc tout fort et devant toute la classe: 'Madame, avec Cécile on voudrait savoir ce que ça veut dire 'fist' mais elle veut pas vous demander pour ne pas perdre de son prestige...' Les autres, morts de rire, la prof, les joues gonflées de rire contenu, Julien trop content de son petit effet et moi...

Bon enfin bouffonne ou pas, j'ai passé mon oral d'anglais du bac avec brio, et pour l'écrit, on m'a dit le lendemain que Mademoiselle Colmant m'avait attendue un bon moment à la fin de l'épreuve alors que j'avais rendu ma copie et que j'étais sortie avant qu'elle n'arrive au centre d'examen. Déçue j'étais de l'avoir ratée, c'est vrai que je ne m'attendais pas à ce qu'elle se déplace et que j'aurais bien aimé lui soumettre mes réponses.